30/07/2017 : une mouche verte (Lucilia sericata)


Aujourd'hui, j'ai trouvé une mouche verte morte dans la maison. Le cadavre semblait bien conservé et j'ai pensé que ce serait un excellent sujet d'observation mais aussi que je pourrais m'amuser à en déterminer précisément l'espèce, exercice ô combien difficile sur ces diptères sans loupe binoculaire...

Premier abord, une photo rapprochée avec le Lumix GX80 et l'objectif Panasonic Lumix G macro 30 mm. La bestiole ne bougeant plus, je me suis même laissé aller à un focus stacking sur une série de 15 photos en bracketing automatique de mise au point :




L'image ci-dessus a été créée automatiquement dans Photoshop à partir de la série d'images jpeg (fusion automatique des calques chargés dans une pile). Ça bugue un peu sur les raccords, mais le résultat est quand même bon par rapport à chaque image individuelle.

Je regarde sur mon petit guide des insectes (Chinery) et j'y trouve 3 mouches vertes qui pourraient correspondre à celle-ci, dans les genres Lucilia, Eudasyphora et Neomya. Donc pour l'instant, je n'en sais pas grand chose, si ce n'est qu'on constate que c'est une femelle car ses yeux sont bien écartés. Sur le Chinery, ce sont 3 mâles qui sont représentés et on voit bien la différence avec la partie supérieure des yeux presque en contact.
Autre remarque que je me fais, sur le Chinery, les yeux sont plus rouges alors qu'ici ils sont presque noirs. Une petite recherche sur internet m'apprendra que les mouches s’assombrissent en vieillissant. Il ne s'agit donc pas ici d'une autre espèce, mais d'un spécimen âgé. Pas étonnant que je l'ai trouvée morte...

Essayons maintenant d'aller un peu plus loin. Sur le site insecte.org, il y a une clé de détermination des mouches vertes qui a l'air bien expliquée.
Premier item, le front et les joues ne sont pas verts, mais plutôt blanchâtres... Ça élimine le genre Neomya.
Deuxième item, la nervure médiane présente en distalité une forte courbure vers la radiale. On le voit ici à l'extrêmité droite de la photo du haut, la nervure faisant une sorte de virage à 90° avant de rejoindre le bord de l'aile. Ça élimine les genres Pyrellia, Dasyphora et Eudasyphora.
Troisième item, les yeux ne sont pas velus et il n'y a pas de fortes soies à l'extrêmité de l'abdomen. Ça élimine les genres Gymnocheta et Chrysosomopsis.
Item suivant : la face et les joues ne sont pas jaunes. Ça élimine les Cynomya.
Dernier item, les soies des joues ne sont pas blanchâtres mais noires, ce qui élimine les Chrysomya et nous mène au genre Lucilia. Il est précisé en outre que les Lucilia ont toujours 2 soies acrosticales pré-suturales, alors que les Neomyia, très ressemblantes, en ont une seule ou aucune. Les soies acrosticales sont les 2 rangées de longs poils situées de part et d'autre de la ligne médiane sur le dos du thorax. Le dos du thorax est divisé en 3, et la partie pré-suturale correspond à la zone la plus haute, juste derrière la tête. Je compte... on voit bien 2 soies acrosticales pré-suturales de chaque côté de la ligne médiane (soit 4 en tout). Il s'agit bien du genre Lucilia !

On continue... Je vais maintenant me servir de ce tableau pour la détermination de l'espèce. On y constate que les espèces sont séparées en 2 groupes, celles qui ont 2 acrosticales post-suturales et celles qui en ont 3. Ces soies sont celles qui sont le plus près de la ligne médiane sur le dos du thorax, mais cette fois-ci en dessous de la suture. Ici on en compte 3, ça élimine donc les espèces L. ampullacea, L. caesar et L. illustris.
Ensuite la basicosta, sur mon spécimen, est pâle. La basicosta est une écaille distincte située à la base de l'aile. On la voit ici sur la première photo comme une petite coque rouge et sans poils à la jonction thorax-aile. On peut donc éliminer L. silvarum qui a une basicosta noire.
Juste en arrière, ont voit très bien les cuillerons, ces 2 disques blancs qui servent à protéger le balancier. Et ici, ils n'ont pas de poils noirs. Ça élimine L. richardsi.
Reste donc sur ce tableau L. sericata. On ne voit pas les palpes sur cette vue mais en revanche, on voit une soie antéro-dorsale unique sur le tibia 2. Elle ne se situe pas à la moitié du tibia mais un peu plus bas, à la jonction 2/3 - 1/3. Si on regarde la page que j'ai donnée en premier lien, il est indiqué qu'il existe 9 espèces de Lucilia en France, donc plus que sur le tableau, et qu'elles sont difficiles à identifier sur photo à quelques exceptions près dont fait partie L. sericata grâce à sa basicosta pâle et sa soie antéro-dorsale unique sur le tibia 2. Et sur la photo en illustration, la soie antéro-dorsale est bien située au même endroit que sur ma mouche, aux 2/3 - 1/3.
Par conséquent, il s'agit bien d'une Lucilia sericata femelle.




Reste à détailler tout ça à la loupe binoculaire. Ci-dessus, une vue au zoom 0,9X.
On compte bien 2 acrosticales pré-suturales et 3 post-suturales. La nervure médiane a une angulation vers la radiale très prononcée. La basicosta, pas très bien visible sur cette vue, n'est pas noire. Toutes les pattes sont noires. Les cuillerons et leurs poils sont blancs. Les yeux sont glabres.

Une autre vue ci-dessous (zoom 1X). La mouche présente suivant l'orientation de la lumière incidente une coloration tantôt verte, tantôt cuivrée. On voit bien les 2 basicostas, en forme de cupule à la base des ailes. Elles sont rougeâtres, pas si pâles que ça, mais loin d'être noires.




La tête vue de face, au zoom 2X (ci-dessous).
Les joues sont blanches avec une pruinosité grisâtre et des petites soies noires. Les antennes ont un 3ème article gris et portent une arista plumeuse. Les yeux composés sont noirs et les ocelles, en triangle équilatéral à la partie supérieure de la tête, sont rougeâtres. Plusieurs soies s'alignent entre les 2 yeux.




Ci-dessous, les pièces buccales au zoom 3X. Malheureusement, cette mouche n'est plus très fraiche... On voit des restes de palpes desséchés à l'avant, de couleur marron. La trompe labiale est hérissée de poils jaunes.




Je finirai per l'observation des ailes en lumière transmise. Ci dessous au zoom 1,5X :




On y détaille bien tout le système des nervures, avec notamment cette fameuse angulation de la médiane. Le bord antérieur de l'aile est parcouru d'épines de taille décroissante vers la distalité. La nervure radiale présente quelques épines, juste avant la nervure radio-médiane.
Le fond de l'aile montre une multitude de petits points noirs, qui se révèlent être des poils à plus fort grossissement (ci-dessous au zoom 4,5X) :




Ci-dessous une dernière vue du bord de l'aile au zoom 4,5X :




Au final, c'est vrai que c'est plus pratique de suivre les clés de détermination en direct avec l'insecte sous la loupe binoculaire, même si pour cette mouche, la première photo, faite à l'APN en macro suffisait pour arriver à l'espèce.
Dommage pour l'état de conservation qui finalement n'était pas si terrible. J'ai quand même appris plein de choses intéressantes.


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