23/07/2017 : des moustiques-tigres


Cette année, on est envahis de moustiques. Ce sont presque toujours des moustiques-tigres (Aedes albopictus) qu'on reconnaît à l'oeil nu à leurs rayures noires et blanches sur les pattes et leur ligne médiane argentée sur la tête et le thorax.

C'est donc sans mal que je récupèrerai quelques spécimens pour les observer à la loupe et au microscope.

Voici tout d'abord une femelle qui a cru qu'on pouvait me prélever quelques globules rouges sans autorisation et en toute impunité. La claque qu'elle recevra en témoignage de ma gratitude suffira à l'immobiliser pour l'éternité, bizarrement sans trop abîmer son enveloppe charnelle. Ça me décidera à faire d'elle un sujet d'observation.

Ci-dessous à l'objectif macro du Lumix G80 (focus stacking) :





On voit bien la ligne médiane argentée sur le dos de son thorax et qui se prolonge sur le front. Les pattes ont des anneaux blancs. C'est bien un moustique-tigre ! Les antennes sont peu plumeuses et on voit 2 palpes courts à la base de la trompe. C'est une femelle.

Ci-dessous, au zoom 1,25X de la loupe binoculaire :




On voit que l'extrêmité distale des palpes est blanche. L'abdomen est parcouru de bandes blanches délimitant les différents segments. Ces bandes sont en fait constituées d'écailles blanches. On en retrouve également sur le thorax.
Les ailes ne sont pas complètement hyalines. Leur pourtour et les nervures semblent plumeuses. Il y a des poils sur le thorax et la tête. Les pattes sont parcurues d'épines. La trompe semble souple.

Cette femelle est malgré tout en assez mauvais état vue de près, je ne vais pas m'éterniser et je vais essayer de trouver autre chose de plus frais...
Ça n'aura pas traîné, je vois un autre moustique-tigre sur le mur du couloir. Je le capture sous un verre et je lui fais respirer des doses homéopathiques d'insecticide... pas si homéopathiques que ça finalement car en quelques minutes le nouveau moustique est prêt pour l'observation.

Le voici à l'objectif macro :




Ah chouette, c'est un mâle ! Ils sont censés ne pas être hématophages, mais il était quand même à l'intérieur de la maison le bougre.
On voit tout de suite les différences morphologiques. Comme tous les culicidés mâles, ses antennes sont bien plus plumeuses que celles de la femelle. Autre différence, les palpes. Ici les palpes sont très longs, aussi longs que la trompe. On remarquera aussi un abdomen plus fin. C'est souvent le cas chez les insectes mâles.

Allez hop, sous la loupe (ci-dessous au zoom 1,25X) :




L'aspect général est le même que la femelle. On retrouve les écailles blanches délimitant les segments abdominaux. D'ailleurs plusieurs d'entre elles sont tombées sur la lame en manipulant l'insecte. L'intérieur des fémurs postérieurs est blanc. Les palpes sont comme les pattes, parcourus d'anneaux blancs.

Pour pouvoir observer plus facilement d'autres parties, je coincerai le moustique dans la fente d'un manche d'aiguille lancéolée, en plastique vert.

Ci-dessous au zoom 2.5X :




Au zoom 2X :




Toujours au zoom 2X :




La vision est belle ! L'abdomen est recouvert de petites écailles noires avec des alignements d'écailles blanches plus grandes et des poils. On voit 2 cerques à son extrêmité. Les antennes ressemblent à des prêles des champs. Leur extrêmité distale est modifiée avec une courte pilosité blanche. Les palpes sont recouverts d'écailles, des noires et des blanches suivant les zones. Il y a des épines. Finalement ces palpes ressemblent énormément aux pattes.

Maintenant, j'ai idée d'observer une aile au microscope. J'en détache une délicatement sous la loupe (zoom 3,5X) :




Et je la place sous microscope (ci-dessous à l'objectif 4X) :




À l'objectif 40X (ci-dessous), on voit que le fond de l'aile est entièrement recouvert de petites épines régulières. Sur les nervures sont attachées des écailles avec une structure striée et ondulée. Leur pôle supérieur est denté.




Au bord de l'aile (ci-dessous à l'objectif 40X) les écailles sont différentes, bien plus longues, fusiformes et non dentées.




À d'autres endroits, le bord de l'aile montre 3 sortes d'écailles : des grandes fusiformes, des moyennes fusifomes (identiques aux précédentes mais 2 fois plus petites), et des petites dentées (similaires à celles des nervures).




Une autre vue (toujours à l'objectif 40X) :




Je termine cette séance d'observation en grattant le corps du moustique avec une aiguille pour récolter des écailles sur une lame. Les voici à l'objectif 40X :




Les écailles les plus grandes et les plus claires sont les écailles blanches de l'abdomen. Elles sont triangulaires avec d'un côté un pédoncule qui sert d'insertion, et de l'autre un pôle supérieur finement denté. Elles ont une structure striée et ondulée d'un pôle à l'autre, comme les écailles des papillons. Leur surface semble s'iriser avec la lumière du microscope, affichant des reflets multicolores en arc de cercle.
Les écailles noires de l'abdomen sont plus petites, plus étroites, davantage quadrangulaires. Elles sont plus opaques et affichent le même genre de texture, striée et ondulées avec un pôle supérieur finement denté. On ne voit pas en revanche de petites stries tranversales qui relient les longitudinales comme sur les 2 papillons précédents que j'avais observés au même grossissement.
On remarque également sur la gauche une écaille fusiforme, en cupule, comme celles du bord des ailes.
Enfin, le fond de la lame est parcouru de petites épines. Ce sont les mêmes qu'on voyait sur la partie transparente des ailes. Elles viennent peut-être de là d'ailleurs.

Je termine avec cette photo, montrant le même genre d'écailles, mais centrée sur un poil, probablement abdominal, puisque c'est la zone que j'ai essayé de gratter. Mais étant donné la taille de l'insecte, la précision a ses limites...




Voilà, c'était une observation intéressante. Je ne pensais pas que les moustiques avaient des écailles comme les papillons. Reste maintenant à faire la chasse aux eaux stagnantes pour limiter la prolifération de ces chères créatures...


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