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Aujourd'hui, ma fille est venue m'apporter une aile de papillon qu'elle a trouvée sur la terrasse. Pas de doute, c'est l'aile postérieure gauche d'un tircis (Pararge aegeria) qui a dû servir de repas à un quelconque prédateur.
Eh bien, voilà une observation intéressante en perspective ! C'est l'occasion de ressortir le petit livre d'Henri Coupin que j'avais mis de côté après l'observation de la moisissure de l'an dernier et qui propose ensuite d'observer les écailles des ailes de papillon. Ça tombe à pic.
Première étape, une petite photo d'ensemble.
Le recto...
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Et le verso... |
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Ensuite, on va chercher la loupe binoculaire.
Au zoom minimal (0,7X), l'aile ne rentre pas en entier sur le capteur. Ma première pensée est que mon appareil photo s'en tire très bien en mode macro par rapport à la loupe binoculaire ! Pourtant faite sans précaution particulière la photo du Lumix est contrastée, saturée, et a une meilleure profondeur de champ.
Ci-dessous l'image du recto à la loupe binoculaire. Le rendu est plus terne et les poils ne se voient quasiment pas car défocalisés.
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Le verso au zoom 0,7X de la loupe binoculaire : |
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À ce grossissement, on voit déjà que les couleurs de l'aile sont dues à des milliers de petites écailles alignées et serrées les unes contre les autres. J'en ai d'ailleurs fait sauté plein en manipulant l'aile pour la poser sur la lame.
La surface de l'aile est parcourue d'une pilosité plus développée au recto qu'au verso et absente sur la partie distale et latérale. Le bord périphérique présente une pilosité plus courte et plus épaisse, d'allure plumeuse.
Allez, on grossit un peu... Ci-dessous, l'ocelle noir du milieu sur le recto, au zoom 2X. |
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On constate que des écailles noires ont été déplacées sur la partie orange et vice versa. Ça reste encore très petit tout ça, je zoome à fond... |
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Ci-dessus, au zoom 4,5X centré sur l'ocelle du haut, les écailles claires qui se sont détachées montrent bien leur forme sur le fond sombre de l'ocelle. Elles ressemblent à des petites feuilles, allongées, avec d'un côté un court pétiole et de l'autre un bord denté. Certaines sont ovales, d'autres oblongues et d'autres encore triangulaires et très allongées.
Je déplace un peu la vue vers le centre... |
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Cette zone (photo ci-dessus) est moins abîmée par mes doigts maladroits. On observe bien les écailles empilées comme des tuiles. Elles ont toutes la même forme oblongue et la même orientation. A priori elles sont implantées sur l'aile par le petit pétiole qu'on voyait à leur extrêmité. Seule la couleur change, du jaune au brun, en passant par l'orange. On voit quelques poils, orientés comme les écailles. Notez la mise au point qui est hétérogène sur cette photo. L'aile n'étant pas plate, j'ai voulu faire un essai de focus stacking en compositant dans Photoshop plusieurs images de mises au point différentes. Le résultat est super par rapport à la photo d'origine, mais il y a quelques "bugs" au niveau des raccords. Voilà un point sur lequel il faudra que je réfléchisse...
Je me déplace maintenant vers le bord de l'aile :
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Les écailles présentes à ce niveau sont très différentes. Ce sont les "triangulaires très allongées" que j'avais vu un peu avant, posées au niveau de l'ocelle noir. Ici elles sont claires, mais à d'autres endroits, elles peuvent être très sombres (photo ci-dessous), tout en gardant la même forme, exactement comme les petites écailles de la partie centrale. |
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Je retourne l'aile. L'ocelle se retrouve au verso, mais il n'y a quasiment pas d'écailles noires. Ci-dessous, l'ocelle du bas (le plus médial), toujours au zoom 4,5X : |
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De ce côté de l'aile, l'extrêmité dentée de chaque écaille est plus claire que le reste de l'écaille. Ça donne un aspect de stries sombres qui suivent les rangées d'écailles. |
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Ci-dessus, une vue au niveau de l'ocelle tout en haut (le plus latéral). Il y a une écaille noire au milieu des blanches. D'ailleurs, on la voit déjà sur la photo macro faite avec le Lumix (2ème photo en haut de page). En diagonale, une nervure.
Ensuite, j'ai suivi les recommandations d'Henri Coupin, j'ai gratté avec une aiguille la surface de l'aile, au-dessus d'une autre lame pour y faire tomber quelques écailles et j'ai recouvert d'une lamelle à sec (ci-dessous, au zoom 4,5X) :
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Ces paillettes d'or ont une surface qui semble striée longitudinalement. Quelques poils sont tombés avec. On ne voit rien de plus que précédemment, ce qui me décide à ranger la loupe au profit du microscope...
J'ai d'abord fait quelques essais sur l'aile entière. Avec le microscope, pas de lumière incidente comme précédemment, et l'aile est trop opaque pour un rendu photographique intéressant. J'en resterai donc à la 2ème lame, celle avec les paillettes grattées.
Ci-dessous une vue au plus petit grossissement (objectif 4X) :
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Avec le microscope, à grossissement égal à la loupe, on perd la couleur mais on gagne en détails. La forme de chaque écaille se dessine très bien, avec des dents à un pôle et le pétiole de l'autre côté. Ce petit pédicule se prolonge sur le tiers proximal de l'écaille par un renforcement allongé qui fait penser au rachis d'une plume d'oiseau, sauf qu'ici il n'atteind pas l'autre extrêmité.
Sur cette vue plus rapprochée ci-dessous (objectif 10X), la surface des écailles est parcourue de stries longitudinales. Elles me font penser à des chips ondulées. Les poils, plus denses ou plus épais, laissent moins passer la lumière. À ce grossissement ils ne montrent aucun détail. Leurs deux extrêmités sont effilées. |
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En me déplaçant sur la lame, je trouve cette zone intéressante : |
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Sur la moitié inférieure, on observe les mêmes écailles que précédemment, oblongues et dentées au pôle distal, sauf que leurs colorations diffèrent. Sur la droite, on en voit une noire et juste à côté 2 très pâles. Les autres sont gris-brun, parfois jaunâtres ou orangées.
En plein centre, on voit une écaille de bordure, plus allongée et triangulaire. Elle aussi
a une texture striée.
Sur la moitié supérieure de l'image, on voit une 3ème sorte d'écailles, à peu près de la taille des premières, mais avec une extrêmité distale plus pointue et non dentée. Leur renfort axial est aussi plus large. Leur texture est également striée.
Quelques poils sont visibles. Un est long et fin, et sur sa gauche, un autre est court et plus épais. L'extrêmité de gauche de ce dernier est un peu pédiculée et correspond certainement à la partie qui se fixe sur l'aile.
Je vais grossir encore, avec l'objectif 40X, je pense qu'on va pouvoir
voir des choses supplémentaires... Ci-dessous, des écailles dentées, plus ou moins longues. Les nuances de couleurs sont plus évidentes à ce grossissement. La texture striée se détaille. Les stries sont comme des nervures longitudinales qui traversent l'écaille d'un bout à l'autre. Elles sont reliées entre elles 2 à 2 par des petites stries transversales, comme les barreaux d'une échelle.
Un poil long et fin traverse le champ. Il montre lui aussi des détails.
À l'extérieur, on retrouve des rainures longitudinales et sur la partie inférieure de l'image, le niveau de focalisation changeant, on voit que l'intérieur du poil a une texture avec des bandes transversales plus foncées. C'est probablement comme un poil humain avec une envoloppe contenant un cortex, sauf qu'ici, ce poil ne mesure que 5 µm de diamètre, soit 15 fois plus fin qu'un cheveu humain ! |
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Sur cette photo ci-dessous (toujours à l'objectif 40X), j'ai centré quelques écailles au bout non denté. L'épaississement axial qui suit le pédicule n'est pas longitudinal mais évasé en éventail. |
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Ci-dessous, une écaille de bordure au centre, entourée par 2 écailles dentées. Celle de droite est couleur rouille. En bas, un poil court. |
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Une autre vue ci-dessous : |
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Une dernière... |
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Et voilà ! J'arrête ici les photos sans tenter l'objectif à immersion, les écailles n'étant pas bien planes. C'était une observation facile et intéressante que j'ai eu plaisir à partager avec les enfants. En plus, d'après le livre de Coupin, les formes des écailles varient suivant les différentes espèces de papillons, ce qui laisse entrevoir d'autres découvertes...
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